Premières impressions après le 22 Mars - par Roland
Gori et Daniel Le Scornet
Plus de mille personnes ont répondu présents le 22 Mars 2009 au deuxième
rassemblement national de l’Appel des appels qui s’est tenu à Montreuil à la
Maison de l’Arbre. Ils ont été accueillis par Dominique Voynet, Maire de
Montreuil, et par Stephane Gatti, au nom de la « Parole errante ».
Dans ce lieu et à une date, hautement symboliques, chaque champ
socioprofessionnel concerné par les appels (qui se multiplient) a porté
témoignage de la manière dont ses praticiens résistent aux politiques de
normalisation, de détricotage systématique des métiers dans chacun des domaines,
justice, culture, recherche, information, psychiatrie, hôpital public, et plus
généralement dans tous les secteurs du « bien public », garant ultime de
l’espace de l’intime et du lien social.
L’assemblée a pris acte à partir du témoignage exemplaire des comités locaux
qui se réclament de l’Appel des appels (Marseille, Strasbourg, Toulouse, Rennes,
Bordeaux, Brest, Nancy, etc.) de leur constitution.
L’assemblée a tenté de cerner davantage le périmètre de ses actions et de ses
valeurs afin d’éviter d’entrer en concurrence avec les autres mouvements
politiques et sociaux tout en soutenant leurs actions lorsqu’elles se fondent
sur les mêmes valeurs. La singularité de l’Appel des appels provient de
l’éthique citoyenne qui prend racine dans les valeurs des pratiques
professionnelles et des finalités humanistes dont elles sont issues.
Il conviendrait à l’avenir de rassembler davantage le continuum complet de
chacun de ces métiers en y intégrant des travailleurs pauvres et précaires qui
paradoxalement, pour une société dite de la connaissance, les peuplent plus
encore que dans d’autres secteurs professionnels.
Une première table ronde a permis d’approfondir les dispositifs de
normalisation et l’idéologie de l’évaluation produisant l’actuel malaise dans la
civilisation. Il s’agit d’une véritable initiation sociale à la soumission
volontaire des individus et des populations.
La seconde table ronde a débattu des possibilités de convergence avec les
autres appels qui résistent à cette politique de la peur et de la norme. Le
débat reste ouvert, mais l’essentiel demeure de reconnaître à l’Appel des appels
sa singularité irrévocable sans pour autant se priver des solidarités partagées
pour défendre les valeurs qui nous rassemblent.
L’Appel des appels se veut un véritable laboratoire d’analyses et de
réflexions transversales aux champs artistique, scientifique et social,
d’expérimentations, de soutien à la production de savoirs et des actions
alimentant, sur la durée, chacun des appels en lutte pour la préservation et la
promotion de l’éthique humaniste.
L’Appel des appels ne saurait se substituer aux responsabilités spécifiques
des mouvements syndicaux et politiques dont il salue la tradition et la
détermination. Tout en révélant le caractère citoyen des valeurs, des savoirs et
des pratiques des métiers, l’Appel des appels suscite une culture du politique
sans confusion avec « la politique ».
L’Appel des appels, fort des 73 200 signataires qui ont soutenu son
initiative, souhaite créer les conditions d’une deuxième vague d’expression en
nouant avec les institutions nationale et européenne de la société civile, les
partis, les organisations syndicales, les associations, les mutuelles et
coopératives, un dialogue permettant dans la durée de résister à la civilisation
actuelle de la norme et de la peur, et de faire des propositions à la hauteur
des défis de la crise.
Roland Gori et Daniel Le Scornet Le 26
mars 2009 |
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